Jeunesse et début du service militaire
András Mórocz est né en 1891 à Jahodná/Eperjes, un village du comitat de Presbourg. Il était un descendant direct d'Ambróz Mórocz, principal donataire de 1641 et copropriétaire de Nagyabony (Veľké Blahovo). Son père, Ján Mórocz, était un propriétaire terrien noble d'Eperjes et sa mère était Žofia Takácsová. Il était le petit-fils d'Anton Mórocz, à qui les autorités du comitat confirmèrent en 1823, ainsi qu'à ses parents de Jahodná, son origine ancienne et son prédicat de Nagyabony. Par sa mère, il était lié à l'antique famille Ollé de Tejed et sa grand-mère paternelle était issue de la famille Seregély.
András Mórocz de Nagyabony
Ce portrait historique de 1913 représente le jeune noble András Mórocz de Nagyabony au début de sa carrière militaire. La photographie fut prise dans le célèbre atelier Laforest à Tivat (alors en Autriche-Hongrie), où András servait lors de son affectation sur la côte adriatique au sein du 72e régiment d'infanterie impérial et royal. Sur son uniforme, il arbore fièrement la Croix commémorative de la mobilisation 1912-1913, obtenue pour sa participation à la mobilisation balkanique. L'image capture un jeune homme à l'aube de grands événements historiques, déterminé à perpétuer la tradition familiale de défenseur de la patrie initiée par son ancêtre Ambróz Mórocz.
Dans sa jeunesse, il s'installa au domaine de Horný Dvor (Felső Údvar) près de Senec avec ses parents de la lignée Dékány, où il passa plus tard la majeure partie de sa vie. Il connut sa première expérience militaire lors de la mobilisation balkanique des années 1912-1913, pour laquelle il reçut la croix commémorative militaire.
En 1914, il rejoignit le 72e régiment d'infanterie impérial et royal à Cattaro (Kotor). Il fut bientôt déployé sur le front serbe où, en septembre 1914 près de Jagodina, il se distingua lors d'une violente contre-attaque ennemie comme chef d'escouade en brisant les lignes adverses. Il fut blessé au combat.
1915 - Proposition officielle de décoration pour Andreas Mórocz
Un précieux document d'archive de 1915 : la proposition officielle de décoration pour Andreas Mórocz. Ce registre est le témoignage direct de l'héroïsme du noble de Jahodná qui, dans un moment critique à Jagodina, prit le commandement après la mort de son supérieur directement en première ligne. C'est précisément cette « Grande Médaille d'Argent » de la bravoure qui lui ouvrit plus tard la voie vers le titre prestigieux de Vitéz.
Après sa guérison, il combattit sur le front italien, où il fut blessé au genou par balle près de Doberdó. En 1917, il servit sur le front roumain, où il effectua des missions volontaires de reconnaissance.
La bataille de Doberdó, qui se déroula en août 1916, constitue l'un des chapitres les plus tragiques des combats sur le front italien durant la Première Guerre mondiale. Cette zone stratégique du plateau karstique fut le théâtre de la sixième bataille de l'Isonzo, opposant les armées du Royaume d'Italie et de l'Autriche-Hongrie. Les combats furent d'une brutalité extrême et se déroulèrent dans des conditions inhumaines sur un terrain rocheux tranchant, ce qui multipliait les effets des tirs d'artillerie, les éclats de pierre volant comme des shrapnels. Pour les unités austro-hongroises, Doberdó devint synonyme d'« enfer de pierre ». Malgré l'héroïque résistance des défenseurs, cet affrontement se solda par la retraite des forces impériales et la prise de la ville de Gorizia par l'armée italienne, les deux camps ayant subi d'immenses pertes humaines.
Distinctions
Pour ses mérites exceptionnels et sa bravoure sur les champs de bataille de la Grande Guerre, András Mórocz fut décoré à plusieurs reprises. Parmi ses distinctions les plus prestigieuses figurent la Médaille d'Argent pour la Bravoure de première et de seconde classe. Ces médailles étaient décernées pour des actes d'héroïsme spécifiques devant l'ennemi ; la première classe (Grande Médaille d'Argent) comptait parmi les plus hautes distinctions de valeur pour les sous-officiers et la troupe. La seconde classe (Petite Médaille d'Argent) confirmait son courage réitéré dans des situations de combat périlleuses.
Argent 1re cl.
Argent 2e cl.
Croix de Charles
Des Blessés
Mém. de guerre
Mobilis. 12/13
Transylvanie
En reconnaissance de son fidèle service en première ligne, la Croix de Charles pour la troupe lui fut décernée, et pour ses blessures reçues sur les fronts serbe et italien, il obtint la Médaille des Blessés. Sa collection militaire est complétée par la Croix commémorative de la mobilisation 1912–1913, la Médaille commémorative de guerre hongroise et la Médaille commémorative de Transylvanie. Ses exploits militaires exceptionnels sont également mentionnés par le comte Jozef Takács-Tolvaj dans son ouvrage Au service de l'idéal des combattants du front (Frontharcos eszme szolgálatában), soulignant son dévouement et son héroïsme exemplaire lors des rudes combats.
Famille, exploitation et l'Ordre de Vitéz
Après la guerre, András Mórocz retourna au domaine de Horný Dvor (Felső Údvar) près de Senec. En 1922, il épousa Alžbeta Görföl, issue d'une lignée noble de Jelka (de Nagy-Jóka), dont les alliances familiales s'étendaient aux anciennes maisons Tajnay de Tayna et Farkas de Nagy-Jóka. Ils eurent ensemble six enfants et gérèrent conjointement l'exploitation du domaine.
Alžbeta Görföl de Nagy-Jóka
Alžbeta Görföl (Erzsébet Görföl de Nagy-Jóka) était issue d'une ancienne lignée noble, dont les racines sont profondément liées au village de Jelka. La famille Görföl appartenait à la noblesse terrienne traditionnelle du comitat de Presbourg et s'enorgueillissait du prédicat « de Nagy-Jóka », en référence à leur siège historique. Alžbeta était porteuse d'illustres traditions ancestrales, sa famille étant directement liée par mariages et propriétés aux plus grandes maisons nobles de la région, telles que les Tajnay de Tayna ou les Farkas de Jelka. En tant qu'épouse d'András Mórocz, elle apporta à leur vie commune à Horný Dvor non seulement la distinction de son rang, mais aussi un solide héritage familial qui se manifesta dans l'éducation de leurs six enfants et la gestion du patrimoine agricole familial.
En raison de ses éminents services et de sa bravoure lors de la Grande Guerre, András sollicita son admission dans l'Ordre de Vitéz, au sein duquel il fut reçu en 1938. Cet ordre fut fondé par le régent Miklós Horthy pour distinguer les hommes ayant fait preuve d'un courage et d'une abnégation exceptionnels. En 1940, déjà membre de l'ordre et chef de section au 1er régiment de hussards de la Honvéd royale hongroise de Budapest, il participa aux opérations militaires liées au rétablissement de l'administration hongroise en Transylvanie septentrionale.
vitéz András Mórocz en 1940
Ce portrait historique montre András Mórocz à l'époque de sa plus grande gloire militaire, vêtu de l'uniforme des Hussards royaux hongrois. Le nom « Mórocz András vitéz » figurant sous le portrait, avec le titre placé après le patronyme, confirme clairement son statut social et chevaleresque acquis pour sa bravoure sur le champ de bataille. Sur le col de son uniforme sont visibles les trois étoiles indiquant le grade de chef de section (sergent), tandis que l'allure militaire est complétée par le calot de campagne typique. Son héroïsme et ses mérites sont attestés par les barrettes de médailles sur le côté gauche de sa poitrine. L'impression générale de fierté martiale et d'appartenance à la cavalerie d'élite est soulignée par les moustaches relevées, symbole indispensable du prestige de tout hussard à cette époque.
En 1940, András Mórocz prit part à l'opération militaire liée au rattachement de la Transylvanie septentrionale à la Hongrie, conformément au second arbitrage de Vienne. Lors de cette campagne, il servit comme chef de section au sein de l'élite du 1er régiment de hussards de la Honvéd royale hongroise de Budapest. Ce régiment était l'héritier direct des glorieuses traditions équestres et assurait, au sein de l'armée, le rôle d'avant-garde mobile, sécurisant les points stratégiques et effectuant des missions de reconnaissance.
L'entrée des unités de hussards dans les villes transylvaines fut perçue comme un acte symbolique puissant et marqua pour les soldats l'aboutissement de leurs efforts pour la révision des frontières de l'après-guerre. Pour ses mérites et l'accomplissement exemplaire de son devoir durant cette opération, András Mórocz fut décoré de la Médaille commémorative de Transylvanie (Erdélyi Emlékérem). Cette expérience dans les rangs des hussards royaux scella définitivement son rang de chef militaire aguerri et de patriote dévoué.
Destin d'après-guerre et héritage
Après l'avènement du pouvoir soviétique, le domaine de Horný Dvor fut confisqué et collectivisé. András Mórocz fut contraint de quitter ses terres et passa le reste de sa vie à Senec, où il s'éteignit en 1958. Son épouse Alžbeta lui survécut de longues années et décéda en 1992 à l'âge de 88 ans.
Aujourd'hui, le continuateur de la tradition familiale est son arrière-petit-fils Róbert Mórocz, qui fut investi en 2022 à Máriapócs, en Hongrie, par l'archiduc Joseph-Charles de Habsbourg-Lorraine en tant que chevalier héréditaire de l'Ordre de Vitéz. Par cet acte, l'honneur et la continuité de la lignée, qu'András incarna tout au long de sa vie tumultueuse, ont été symboliquement restaurés.
András Mórocz de Nagyabony fut le dernier grand porteur de la bravoure militaire de l'antique lignée de l'Île d'Or. À travers ses actes, il incarna les racines profondes de ses ancêtres qui, durant des siècles, défendirent la patrie. En tant que descendant direct d'Ambróz Mórocz, il s'inscrivit dans l'héritage historique d'une famille protégeant le royaume dès l'époque médiévale. Sa vie demeure un témoignage essentiel de l'histoire de notre région et des traditions nobles qui ont perduré malgré les vicissitudes du destin.
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